On voulait une FUI d'assistante : une orbe, des cartes de verre qui glissent, une barre de saisie, un HUD discret. C'était propre, c'était compétent — et ça ressemblait à tout ce qui existe déjà. Le vrai travail a consisté à enlever.
Ce qu'on a enlevé
D'abord les fenêtres contextuelles : météo, éclairage, musique, agenda, minuteur. Elles étaient belles et parfaitement inutiles — elles transformaient une présence en panneau de configuration. Puis la barre de saisie, qui installait un rapport de commande : on tape, ça obéit. Puis le HUD, l'horloge, les puces de suggestion, l'aide.
Il est resté un écran noir, une nébuleuse, du texte qui apparaît, et une voix. Pour écrire, on ne cherche plus de champ : on tape n'importe où, et les lettres s'inscrivent en fantôme. Ce qui restait n'était plus une assistante. C'était une présence — et une présence qui répond à une question sans qu'on lui ait montré le clavier, ça a un nom : une voyante.
La séance
Le modèle est Madame Leota — la tête dans la boule de cristal du Haunted Mansion : une voix qui n'explique rien, ne s'excuse jamais et ne répond pas vraiment à la question posée. Trente prophéties originales ont été écrites dans ce ton, plus une ouverture de séance. Chaque question tire sa prophétie de façon déterministe — la même question donne toujours la même réponse, ce qui est exactement ce qu'on attend d'un oracle.
Le texte ne s'affiche pas : il se matérialise. Capitales fines très espacées, apparition lettre à lettre, puis évaporation dans un ordre aléatoire. La nébuleuse, elle, bat au rythme réel de la voix — l'amplitude est lue en direct sur le signal audio, pas simulée.
La voix
C'est là qu'on a passé le plus de temps, et échoué le plus souvent. Une voix neutre de synthèse tue la scène instantanément : on entend l'assistant vocal, pas la médium. Plusieurs moteurs et plusieurs timbres ont été essayés, y compris avec des effets pour « faire spectral » — tous rejetés, parce qu'un effet ne remplace jamais une intention.
Ce qui a débloqué la situation n'est pas technique : c'est un brief de voix écrit à la main — souffle à trente ou quarante pour cent, modulation marquée, sous-texte de mystère plutôt que grave forcé. Une fois ce brief donné comme direction de jeu à un moteur neuronal, la bonne voix est sortie à sec, sans aucun traitement.
Sous le capot
Coquille sphérique en rotation différentielle — l'intérieur tourne plus vite, d'où les bras spiraux — et liens filamenteux entre voisines : un réseau qui ressemble à une pensée.
Chacun module vitesse, turbulence, densité des liens et contraction de la coquille. Rien ne clignote : tout se déforme.
Cercles concentriques, graduations, repères en degrés — au fil de cheveu, presque subliminaux. C'est tout ce qui reste de Jarvis.
Chrome et curseur masqués automatiquement, démo qui reprend seule après inactivité : on branche le vidéoprojecteur et on part.
Pourquoi Viviane
Viviane, c'est la Dame du Lac — l'enchanteresse qui, dans la légende arthurienne, retint Merlin auprès d'elle. La page s'appelle Merlin ; une démo ne pouvait pas porter le nom de la maison. Il fallait celle qui, dans la légende, garde l'enchanteur — et qui, sur cette page, veille.
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